Funérailles au Bénin : faut-il se ruiner pour les morts afin d’impressionner les vivants ?

Share This Article
Une société dans laquelle il faut réglementer les dépenses d’un adulte pour une cérémonie est une société qui a un problème beaucoup plus profond ; celui de la responsabilité individuelle. Arrêtons de chercher des solutions compliquées à des problèmes qui devraient pourtant être simples. Au Bénin, de plus en plus de familles se ruinent pour organiser les funérailles de leurs proches. On emprunte de l’argent, on vide ses économies, on s’endette pendant des mois. Une situation face à laquelle, l’État est appelé à intervenir. Même des responsables religieux tirent la sonnette d’alarme.
Soyons sérieux. Nous parlons ici d’adultes. Des personnes qui travaillent, qui gagnent de l’argent, qui paient des factures, qui nourrissent leurs enfants et qui prennent chaque jour des décisions importantes. Et il faudrait maintenant que l’État leur explique qu’il n’est pas raisonnable de prendre un prêt pour organiser une fête funéraire ? C’est carrément lunaire ! En 2026 ?!
Je trouve cette idée franchement absurde. L’État n’a pas à venir surveiller la poche de chaque citoyen pour lui dire combien il doit dépenser pour enterrer son père, sa mère, son frère ou sa sœur. Ce n’est pas son rôle. Il peut sensibiliser, certainement. Il peut expliquer les dangers du surendettement. Mais il ne peut pas remplacer notre cerveau et notre bon sens.
Parce que le problème est là. Nous savons très bien ce que nous faisons. Quand une famille n’a pas les moyens, mais décide quand même de nourrir des centaines de personnes, d’acheter des boissons à n’en plus finir, de faire coudre des dizaines de tenues et de multiplier les dépenses simplement parce que « les gens vont parler », ce n’est pas l’État qui l’a obligée à le faire. C’est un choix. Une mère ne sera pas plus aimée parce que ses enfants auront contracté un prêt pour nourrir tout un quartier. Et un père ne sera pas plus honoré parce que sa famille aura passé des mois à rembourser les dettes de son enterrement.
Bien sûr, il y a la pression sociale. Chacun regarde, chacun commente, chacun compare. « Chez telle famille, ils ont fait mieux », « On ne peut quand même pas faire moins que ça ». Cette pression est réelle, mais elle ne doit pas nous faire perdre le bon sens. C’est justement pour cela que le « remerciement au cimetière » existe. Remercier ceux qui ont fait le déplacement, rendre un dernier hommage au défunt et permettre à chacun de repartir sans transformer les funérailles en compétition. Il faut savoir faire la différence entre honorer un mort et impressionner les vivants.
Alors NON, je ne pense pas qu’il faille une loi pour régler ce problème. Ce serait même inquiétant d’en arriver là. Parce qu’une société dans laquelle il faut une règle pour apprendre à un adulte à ne pas se ruiner pour une cérémonie est une société qui a un problème beaucoup plus profond ; celui de la responsabilité individuelle.
Il faut simplement apprendre à dire NON à la pression sociale. NON au regard des autres. NON à la compétition entre familles. NON à cette idée ridicule selon laquelle plus une cérémonie coûte cher, plus le défunt était important. La sobriété n’a jamais été un manque de respect. C’est d’ailleurs la preuve qu’on pense encore à ceux qui sont morts.
Alors, avant de demander à l’État de prendre ses responsabilités, commençons par prendre les nôtres. L’État ne peut pas être notre père, notre mère, notre comptable et notre conscience. Il y a des choses qu’un adulte doit obligatoirement être capable de comprendre tout seul. Ne pas se ruiner pour enterrer quelqu’un en fait partie.

