Traite négrière : Sagbohan Danialou devra-t-il réactualiser son oeuvre ?

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« Commerce triangulaire » raconte une époque. Et au fil des années, la chanson a fini par faire partie de notre façon de raconter l’Histoire. Elle parle de la traite négrière et de ces millions d’Africains déportés vers les Amériques. Sagbohan évoque notamment ces « enfants les plus valides » arrachés à l’Afrique pour alimenter le commerce triangulaire. Mais aujourd’hui, notre façon de regarder cette histoire évolue.
À Ouidah, à l’occasion de la Journée Internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition (JISTNA), la question de la mémoire et surtout de la manière dont on raconte cette histoire a été au centre des discussions. Alors une question mérite d’être posée. Que fait-on de nos anciennes œuvres quand notre façon de comprendre l’Histoire évolue ? Ou dois-je dire quand on décide enfin de raconter notre part de vérité ?
L’artiste parle d’une responsabilité des deux côtés. Il évoque les Africains qui vendaient des captifs, mais aussi les Européens qui les achetaient. À l’époque, c’était peut-être une manière de dire que plusieurs acteurs étaient impliqués dans cette histoire. Mais aujourd’hui, est-ce qu’on ne devrait pas apporter un peu plus de nuances ?
Et c’est justement là que le débat devient intéressant. Lors de la JISTNA 2026, Eugénie Dossa Quenum Biologiste -psychologue interculturelle, chercheuse en sciences politiques et sociales biologiste a affirmé « nous n’avions vendu personne ».
L’histoire racontait pourtant que certains royaumes, marchands et intermédiaires africains ont participé à la capture et au commerce des captifs. Alors, était-ce faux ? Ou devons-nous simplement accepter que notre manière de raconter cette histoire puisse évoluer ? Parce que réactualiser une chanson ne veut pas forcément dire la censurer ou demander à son auteur de l’effacer. Cela peut simplement vouloir dire ajouter des éléments pour tenir compte de ce que l’on sait mieux aujourd’hui.
Mais il ne faut pas non plus tomber dans l’autre extrême et mettre tout le monde au même niveau. Oui, les grandes puissances ont joué un rôle majeur dans l’organisation, le financement et le développement de la traite transatlantique, qui a pris une ampleur considérable. C’est indéniable. La question n’est pas de savoir si « les Noirs » ou « les Blancs » sont responsables. L’Histoire est beaucoup plus compliquée que ça. Je pense que la difficulté se trouve dans la manière de raconter cette histoire sans accuser tout un peuple, mais sans non plus cacher les responsabilités de ceux qui y ont participé.
Je n’oserais pas demander à un artiste de cette envergure, de réécrire son œuvre. Je dirais plutôt que nous devons regarder cette chanson avec notre regard d’aujourd’hui. Faut-il réactualiser « Commerce triangulaire » ? Peut-être. Mais surtout, il faut continuer à faire évoluer notre manière d’enseigner et de raconter cette histoire.
Et si un jour Sagbohan Danialou décide d’ajouter une nouvelle strophe à sa chanson, ce ne serait pas forcément pour renier ce qu’il a écrit. Ce pourrait simplement être une manière de faire vivre son œuvre et de continuer à transmettre cette mémoire aux nouvelles générations.
Peut-être, finalement, que Sagbohan n’a pas besoin de réécrire « Commerce triangulaire ». Peut-être que cette œuvre doit simplement continuer à être regardée avec les yeux de chaque génération. Car, comme l’écrivait Frantz Fanon dans Les Damnés de la terre (1961), « chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». Quelle est donc notre mission à nous ?
Barell SAÏZONOU

