Dogo-Bis, le barrage qui veut transformer l’eau de l’Ouémé en énergie et en richesse agricole

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Une étude publiée dans la revue scientifique Renewable Energy en 2018 rappelle que l’hydroélectricité se trouve au croisement de trois enjeux essentiels. L’eau, l’énergie et l’alimentation. Elle peut les renforcer. Et Dogo-Bis illustre parfaitement cette équation.
L’eau de l’Ouémé pourrait bientôt changer de statut. Longtemps perçue comme une richesse à exploiter, mais aussi comme une force parfois difficile à maîtriser, elle est désormais au cœur d’un projet qui ambitionne de transformer durablement une partie du territoire béninois. Son nom est Dogo-Bis.
Le projet porte d’abord une promesse énergétique. Sur le fleuve Ouémé, le futur barrage hydro-multifonctionnel doit développer une capacité prévisionnelle de 128 mégawatts. De quoi renforcer la production nationale d’électricité et accompagner les besoins d’un pays dont la croissance appelle aussi davantage d’énergie. Mais réduire Dogo-Bis à ses mégawatts serait passer à côté de l’essentiel ; car l’ambition est beaucoup plus vaste. Il s’agit d’utiliser l’eau pour produire de l’électricité, mais aussi pour soutenir l’agriculture, développer l’irrigation et renforcer la capacité du territoire à faire face aux inondations. C’est là toute la singularité du projet.
Le périmètre concerné donne d’ailleurs la mesure de cette ambition. Notamment les départements du Plateau, des Collines, du Zou et de l’Ouémé. Quatre communes sont particulièrement concernées par le site du barrage et les premiers aménagements hydro-agricoles, précisement Kétou, Dassa-Zoumè, Zagnanado et Ouinhi.
Mieux mobiliser et maîtriser l’eau, c’est surtout ne plus confier nos récoltes aux humeurs de la pluviométrie. C’est sécuriser les productions, améliorer les rendements, favoriser la transformation et, à terme, faire émerger un pôle agricole et agro-industriel dans la vallée. De plus, l’ambition ne s’arrête pas aux champs. Environ 152 kilomètres de pistes d’accès doivent relier les zones agricoles et le futur barrage. 23 localités rurales doivent bénéficier de l’électrification. Et dans les communes concernées, le programme prévoit également plusieurs infrastructures. Des travaux sont aussi annoncés pour les logements d’environ 200 ménages, ainsi que pour certains bâtiments administratifs.
Autrement dit, Dogo-Bis ne vient pas simplement poser un barrage au bord de l’Ouémé et repartir avec ses 128 mégawatts sous le bras. Il arrive avec tout un programme, entre autres de l’électricité, de l’eau, des routes, des écoles, des centres de santé, des marchés et même des terrains multisports. Bref, le barrage semble bien décidé à faire bouger tout le territoire autour de lui.
Et afin d’accompagner cette ambition, le Bénin a signé en juillet 2026 avec la Banque mondiale un accord de financement de 150 millions de dollars pour la première phase de Dogo-Bis. Mais le projet porte aussi une autre réalité, moins visible, surtout celle de ses impacts potentiels.
Dans un rapport publié en décembre 2025, la Banque mondiale classe à un niveau élevé les risques environnemental et social associés à la première phase, notamment parce que celle-ci prépare également la construction du barrage prévue lors de la deuxième phase. Les impacts potentiels identifiés sont la perte permanente de terres agricoles et de forêts classées, les déplacements physiques et économiques de communautés, la perturbation des moyens de subsistance et atteintes possibles au patrimoine culturel. Sur le plan environnemental, la construction du barrage pourrait notamment entraîner la submersion d’environ 7 500 hectares de trois forêts classées, particulièrement Kétou, Dogo et Ouémé-Boukou, avec des conséquences sur la flore, la faune, les ressources aquatiques et les écosystèmes.
Les grands barrages ne racontent donc pas toujours une histoire aussi linéaire. Leur réussite ne se mesure pas uniquement à la quantité d’électricité produite ou aux hectares irrigués. Elle se mesure aussi à ce qu’ils laissent derrière eux. À titre d’exemple des terres transformées, des activités déplacées, des populations parfois contraintes de réinventer leur quotidien.
Au Burkina Faso voisin, l’expérience du barrage de Bagré rappelle justement que les bénéfices attendus d’un grand aménagement peuvent s’accompagner de bouleversements sociaux et fonciers qu’il faut anticiper.
Par ailleurs, comme tout projet hydroélectrique de cette ampleur, au Bénin comme ailleurs, Dogo-Bis modifiera nécessairement l’environnement et le quotidien des territoires qui l’accueilleront. Des terres changeront de vocation, certaines activités devront être réorganisées et des populations pourraient être amenées à adapter leurs habitudes et leurs moyens de subsistance. Cette réalité fait partie des transformations qu’implique un tel aménagement et mérite d’être comprise, anticipée et surtout accompagnée.
Cependant, le Bénin dispose aujourd’hui de l’occasion de regarder l’expérience précédemment citée avec attention. Et si l’on peut, en toute humilité, formuler un petit souhait, ce serait que Dogo-Bis produise bien ses 128 mégawatts, mais qu’il produise aussi du mieux-vivre. Que l’eau apporte de l’énergie, de l’agriculture et de la richesse, sans que ceux qui vivent avec elle aient à trop ressentir le prix fort du progrès.
Barell SAÏZONOU
Source :
- Banque mondiale, Dogo-bis Multipurpose Dam Program 1 (P513979) – Concept Environmental and Social Review Summary (ESRS Concept Stage), Report No. ESRSC05308, 4 décembre 2025. Consulter le rapport de la Banque mondiale
- Rapport 2010 sur l’état des lieux du barrage de Bagré État des lieux du barrage de Bagré | PDF | Barrage | Agriculture (scribd.com)

