Bénin : une croissance solide face au défi du financement du développement

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Selon le Rapport pays Bénin 2026 de la Banque africaine de développement (BAD) publié le 28 juillet 2026, l’économie béninoise devrait maintenir une dynamique soutenue, avec une croissance projetée à 7 % en 2026, après avoir atteint 8,1 % en 2025. Mais derrière ces performances, l’institution met en lumière le défi de la capacité du Bénin à mobiliser, à grande échelle et sur le long terme, les ressources nécessaires pour financer sa transformation économique et améliorer les retombées de la croissance.
Le Bénin continue de renforcer sa trajectoire de croissance. Après une progression de 7,5 % en 2024, l’économie nationale a enregistré une croissance de 8,1 % en 2025, selon la BAD. L’institution prévoit une progression de 7 % en 2026, puis de 7,1 % en 2027. Une dynamique qui repose notamment sur les investissements, les travaux publics et le développement de plusieurs activités industrielles et de transformation.
La performance de 2025 traduit d’abord le poids croissant des investissements dans l’économie béninoise. Les travaux publics, le textile et l’agroalimentaire figurent parmi les secteurs qui ont soutenu la croissance. Cette dynamique s’inscrit dans la transformation progressive de la structure productive du pays, avec notamment le développement des activités industrielles et de transformation.
Pour la BAD, les perspectives restent donc favorables. La poursuite des investissements dans les infrastructures, le développement de la Zone industrielle de Glo-Djigbé, ainsi que l’évolution des secteurs productifs devraient continuer à soutenir l’activité. La croissance projetée pour 2026 reste ainsi largement supérieure à celle de nombreuses économies de la région. Cette progression s’accompagne par ailleurs d’une relative stabilité des principaux indicateurs macroéconomiques. L’inflation demeure contenue et le déficit budgétaire poursuit sa trajectoire de réduction. Le Bénin dispose ainsi d’un environnement macroéconomique qui lui permet de poursuivre ses investissements.
Le financement, nouveau défi de la croissance
C’est précisément le cœur du Rapport pays 2026. Son titre « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement du Bénin dans un monde fragmenté » traduit le principal enjeu identifié par l’institution.
Le Bénin doit en effet continuer à financer ses infrastructures, soutenir son industrialisation, développer ses capacités productives et répondre à ses besoins sociaux, tout en évoluant dans un environnement international marqué par davantage d’incertitudes. La mobilisation de ressources publiques et privées devient donc un levier déterminant pour préserver la dynamique actuelle.
La question ne porte pas uniquement sur le niveau des ressources disponibles. Elle concerne également la capacité à mobiliser, diversifier et orienter les capitaux vers les investissements qui produisent le plus d’effets sur l’économie. Dans cette perspective, la mobilisation des ressources intérieures apparaît comme un enjeu central. L’amélioration du recouvrement fiscal, l’élargissement de l’assiette fiscale et la formalisation progressive de l’économie informelle peuvent contribuer à renforcer les marges de manœuvre de l’État.
Le financement du développement ne peut toutefois pas reposer uniquement sur les recettes publiques. Le secteur privé, le système financier, les marchés de capitaux, les investisseurs institutionnels et les mécanismes innovants de financement sont appelés à jouer un rôle plus important. Le Bénin a déjà diversifié ses instruments de financement et renforcé son accès aux marchés. Pour la BAD, l’enjeu est désormais de poursuivre cette diversification et de développer davantage les mécanismes capables de mobiliser des financements à long terme.
Un financement à repenser dans un monde fragmenté
Le défi est d’autant plus important que le Bénin évolue dans un environnement international où les sources de financement du développement deviennent plus incertaines et fragmentées. Pour la BAD, cette situation appelle le pays à renforcer et diversifier sa propre architecture financière, afin de réduire sa dépendance à des ressources extérieures plus volatiles et de disposer de financements davantage adaptés à ses besoins de long terme. Cela passe notamment par une mobilisation accrue des recettes intérieures, une meilleure efficacité des investissements publics, mais aussi par le développement de nouveaux instruments capables d’attirer davantage de capitaux privés. Le renforcement des marchés de capitaux, le recours à des mécanismes de financement innovants, notamment dans le domaine climatique, ainsi que la mobilisation de l’épargne de la diaspora figurent parmi les pistes permettant d’élargir les sources de financement du développement.
L’enjeu dépasse ainsi la seule recherche de nouvelles ressources. Il s’agit progressivement de réformer l’architecture financière du Bénin, en diversifiant les canaux de financement et en améliorant leur capacité à soutenir les investissements de long terme. Dans cette perspective, le développement du marché des obligations, y compris des obligations durables, et une implication accrue du secteur privé peuvent contribuer à compléter les ressources budgétaires. L’objectif est de construire un système de financement plus diversifié et plus résilient, capable d’accompagner les ambitions économiques du pays malgré les incertitudes qui caractérisent désormais l’environnement financier international.
Transformer les ressources en développement
Mobiliser davantage de ressources ne constitue cependant qu’une première étape. Le véritable enjeu réside dans leur utilisation. C’est le troisième niveau de lecture du rapport : comment convertir les financements mobilisés en investissements capables de transformer durablement l’économie béninoise ?
Les infrastructures constituent à cet égard un levier essentiel. Elles doivent permettre d’améliorer la productivité, de faciliter les échanges, de renforcer la compétitivité des entreprises et de favoriser l’industrialisation. Mais la transformation économique doit également s’accompagner d’une création accrue d’emplois productifs et d’une meilleure intégration des acteurs économiques locaux.
L’enjeu est particulièrement important dans un pays où une large partie de l’activité économique demeure informelle. La formalisation de ces activités représente ainsi à la fois un défi fiscal et une opportunité économique : elle peut élargir les recettes publiques, améliorer l’accès au financement et permettre à davantage d’entreprises de participer pleinement à la transformation économique. La mobilisation des ressources doit également accompagner les secteurs capables de générer davantage de valeur ajoutée. L’industrialisation, la transformation agricole et le développement du secteur privé apparaissent ainsi comme des éléments essentiels pour que la croissance ne se limite pas à une progression des indicateurs macroéconomiques.
Avec une croissance de 8,1 % en 2025 et une perspective de 7 % en 2026, le Bénin dispose d’une dynamique économique favorable. Mais le rapport de la BAD invite à regarder au-delà du seul taux de croissance. Le prochain défi est désormais de financer cette croissance, de mieux orienter les ressources et d’en amplifier les effets sur la transformation de l’économie.
Le Bénin se trouve ainsi face à une équation à plusieurs inconnues : maintenir une croissance élevée, préserver la stabilité macroéconomique, mobiliser davantage de capitaux et faire en sorte que ces ressources se traduisent par davantage d’investissements productifs, d’emplois et de valeur ajoutée. C’est, selon la BAD, l’un des enjeux déterminants de la prochaine étape du développement économique du pays.
Barell SAÏZONOU

